aspergirl | Témoignage Justine 21 ans
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Témoignage Justine 21 ans

Femme Autiste Asperger

« De grand-père en petite fille »

Depuis toute petite, je me suis toujours sentie différente des autres sans jamais pouvoir réellement l’identifier ou poser des mots dessus.

Dans un premier temps, cela se définissait comme une incapacité à gérer mes émotions, mon appréhension du monde qui était différente, et par conséquent, les relations sociales avec mes congénères à l’école élémentaire, qu’on appelait d’ailleurs « mes petits camarades ». Je n’ai jamais trop compris le terme puisque qu’en l’occurrence, nous n’avions pas la même définition de la camaraderie – les moqueries en tous genres, que je ne comprenais d’ailleurs pas, étaient mon lot quotidien.

Par chance, pour mon éducation à la socialisation, j’avais deux amies, Maud, qui était la fille de la directrice de mon école – donc autant vous dire que la discrimination y est grandement favorisée – dotée d’un imaginaire infini et d’une grande intelligence ainsi que Mélanie, une petite fille qu’on pouvait caractériser comme « garçon manqué », très spontanée et attachante mais qui elle, avait le malheur d’être en surpoids, ce qui paraissait aussi, être une bonne excuse de discrimination à l’école. En toute honnêteté, si elles n’avaient pas été là, je pense que ma socialisation aurait été extrêmement compliquée et que les moqueries auraient à long terme, facilement pu dériver en lynchage psychologique.

Me concernant, j’étais et je suis une personne très éveillée (trop selon la société), je m’intéresse à tout avec des périodes de fascination vacillant entre l’astrologie, les sciences, la lecture, la philosophie, la sociologie, la psychologie, l’écriture, la photographie, le tir à l’arc, la musique, le chant, la danse, la magie, le dessin, la peinture etc. Et plus largement la création.

autisme

J’ai eu la chance d’avoir des parents aimants et ouverts d’esprit qui ont toujours su prendre en compte mes intérêts spécifiques et ne m’ont jamais jugée sur ma manière d’être (bien qu’ils auraient quand même apprécié que je sache mieux me « tenir » en société). J’ai aussi une petite sœur avec qui je m’entends bien, mais nous n’avons pas de liens « sœur à sœur » à proprement dit. Elle ne fait pas partie du spectre autistique et nous ne partageons pas du tout les mêmes intérêts.

En conclusion, je peux dire que j’ai eu un environnement familial favorable à mon développement, relativement compréhensif et à l’écoute de mes besoins (même si mes parents ne les comprenaient pas forcément), ce qui m’a sans aucun doute permis, sur le long terme, de ne pas finir en hôpital psychiatrique.

Peut-être que beaucoup d’entre vous (NT) ne se rendent pas compte, mais le monde extérieur est extrêmement bruyant, malsain, néfaste et nous sommes pour beaucoup relativement naïfs, sensibles et à fleur de peau, comme une sorte d’éponge à sentiments que nous avons du mal à gérer. Nous ressentons donc énormément d’agression du monde qui nous entoure et préférons par conséquent nous réfugier dans le nôtre afin de nous en protéger.

Nous ne sommes pas asociales pour le plaisir ou par simple rejet « bête et méchant » de la société, c’est pour nous une manière de se défendre contre des agressions que nous subissons chaque jour à notre insu. Et croyez-moi que si le monde était plus doux et sécurisant, nous serions ravie d’en faire partie. Malheureusement ce n’est pas le cas et ça ne le sera sûrement jamais.

Soyez alors tolérants et compréhensifs, car finalement, notre monde n’est pas si diffèrent du vôtre. Simplement plus calme, à la fois plus stimulant intellectuellement et plus reposant.

 

Justine 21 ans

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